[Cet article n'est absolument pas une définition objective de ce qu'est le harcèlement de rue, mais raconte mon expérience et ressenti face à lui. Je ne conseille pas d'agir comme je l'ai fait, car il n'y a pas une seule et unique réponse au harcèlement de rue, ni une façon de réagir meilleure qu'une autre. Ce que je dis là, c'est ce dont je me suis rendue compte d'après mon vécu, mes recherches, mes lectures.

Zoubi arc-en-ciel dans ce monde qui a parfois souvent tendance à m'épuiser.]

 

Salut à tous !

 

Aujourd'hui, je voudrais parler d'un sujet qui me tient particulièrement à cœur : le harcèlement de rue et plus particulièrement le harcèlement de rue sexiste.

Car oui, il existe plusieurs sortes de harcèlements, grossophobe, raciste, transphobe, homophobe, sexiste, etc.

Moi, en tant que femme cis blanche, en couple avec un homme, je n'en ai expérimenté qu'un seul (quoiqu'on m'a déjà traitée de grosse, mais ça ne m'atteint pas tellement quand ça vient d'étrangers), et c'est déjà bien assez...

 

L'actualité n'arrête pas de nous rappeler qu'être une femme, c'est caca. C'est pourquoi je voulais vous en parler aujourd'hui. Je trouve malheureusement que c'est un sujet, qui, bien qu'il commence à émerger et à faire parler de lui, n'est toujours pas assez diffusé et expliqué.

 

C'est une véritable horreur qui va toucher des filles dès leur plus jeune âge et qui va donc complètement construire leur façon d’appréhender le monde extérieur. Le harcèlement de rue est une facette non négligeable du sexisme ordinaire, celui qu'on banalise et dont on invisibilise les victimes. C'est aussi la base de la culture du viol : considérer que toute femme dans l'espace public est disponible pour tout homme qui en aurait envie. Et en faire une coupable si jamais elle se fait agresser ("elle l'avait bien cherché" vous comprenez).

 

https://www.facebook.com/EnAttendantLaFinDuMonde/

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Pour moi, apprendre à ne pas harceler devrait être une matière à part entière à l'école ... Le monde se porterait mieux.

Je me suis faite harceler pour la première fois (dans la rue hein, parce que si on parle d'agressions à caractère sexiste, les premières étaient en primaire, voire en maternelle \o/) quand je devais avoir à peu près 12 ans (oui c'est jeune mais je ne suis pas la plus jeune à avoir vécu ces horreurs, comme en témoigne le #WhenIWas sur twitter, qui raconte des expériences de violences sexistes, dès le plus jeune âge), et ça ne s'est jamais arrêté jusqu'à aujourd'hui (j'en ai maintenant 22):

 

J'ai été harcelée par toutes sortes de personnes. Enfin, toutes sortes de mecs, parce qu'aussi loin que remontent mes souvenirs, jamais je ne me suis faite emmerder par une nana. Et bien ces types avaient toutes les couleurs de peau, toutes les origines sociales, tous les âges.

Les cons sont partout, et ressemblent à n'importe quoi. (Oui, j'ai bien dit "quoi" et non "qui".)

 

Le pire dans le harcèlement de rue, c'est que la plupart de ces cons ne savent même pas qu'ils en sont. C'est tellement banalisé que même les victimes mettent longtemps à trouver le bon terme : agression.

Alors les coupables ...

 

Le harcèlement de rue donc, comme survolé plus haut, c'est considérer que les femmes n'ont pas leur place dans l'espace public et donc en conclure qui si elles y sont, elles appartiennent aux hommes qui fréquentent ce même espace public. En découlent alors toutes sortes de très chouettes choses, comme l'invasion de l'espace privé, les caresses non désirées, les désirs et fantasmes exprimés, les agressions sexuelles, les insultes, les coups, les viols.

Oué youpi ! C'est chouette d'être une nana au XXIème siècle !

Résumons encore une fois pour ceux qui n'auraient pas bien saisi (ou qui auraient du mal à admettre que ça existe) : le harcèlement de rue sexiste, c'est se faire emmerder dans la rue parce qu'on est une femme.

 

...

 

Vous vous rendez compte de l'aberration du truc quand même ?

 

Maintenant, je vais vous parler de ma propre expérience, de mon vécu du harcèlement ou des témoignages que j'ai entendu dans la bouche de proches copines.

 

Ma première expérience du harcèlement :

J'avais environ 12 ans, j'allais à la danse seule deux fois par semaine, et pour cela je remontais une grande avenue bordée de bars et de cafés. Loin d'être des bars à pochtrons, c'était plutôt des endroits vus comme "bien fréquentés" par le bureaucrate qui va boire un café avec ses collègues à la sortie du boulot.

Ce sont ces mêmes (sales) types qui faisaient des commentaires sur mon physique (j'avais 12 ANS BORDEL) quand je passais devant eux, me laissant gênée, muette, avec un sentiment de culpabilité que je n'arrivais pas à expliquer. Des types qui avaient l'âge d'être mon père me sexualisaient, à haute voix, pour leur bon plaisir. Parfois, ils exigeaient même un "bonjour" de ma part, ou un sourire.


 

En voilà du sourire, connards.

En voilà du sourire, connards.

 

Une autre, qui a tourné à l'agression sexuelle.

J'avais 14-15 ans, je sortais de chez un ami et je m'étais posée à un arrêt pour attendre le tram. Un vieux mec abîmé par la vie qu'on voyait souvent dans le tram, qui baragouinait plus qu'il ne parlait, mais qui n'était jamais violent, est venu se poser à côté de moi. Il a commencé à me parler, mais bien sûr je ne comprenais rien. Je lui ai demandé de répéter et là, il a commencé à me caresser la cuisse en essayant d'atteindre l'entrejambe, tout en commençant à se masturber (Petite info pour ceux qui ne se rendraient pas compte : ceci est une agression sexuelle et peut être puni jusqu'à 5 ans d'emprisonnement). Je me suis violemment levée, mais tétanisée, je n'ai pu que m'éloigner et sangloter pendant une bonne minute avant de reprendre mes esprits.

Ce con n'en a pas profité pour se casser. Grave erreur.

Je suis revenue et je lui ai hurlé à la gueule, fort. Il n'y avait personne d'autre à l'arrêt, dommage, j'aurais voulu l'afficher. Mais vous savez le pire ? C'est que le plus souvent, on se fait salir, insulter, toucher par de gros cons dégueulasses, et nous, victimes, on reste polies. Bah oui, vu qu'on est conditionnées dès notre plus jeune âge à être douces, dociles, polies et puis "c'est pas joli les gros mots dans la bouche d'une jeune fille." Je. l'ai. vouvoyé. Je. ne. l'ai. pas. insulté. Alors qu'il aurait juste mérité que je le pourrisse sur place, que je l'agonisse d'injures, voire que je lui mette mon poing dans la gueule.


 

Prends toi bien ça dans la gueule.

Prends toi bien ça dans la gueule.

 

C'est une chose que je remarque souvent quand j'entends des témoignages ou que j'assiste à des agressions. Les victimes, si elles passent le moment de sidération, de tétanie et qu'elles parviennent à agir, sont gênées, et tentent de rester polies. Alors que clairement, ces mecs méritent juste de se faire massacrer.

 

C'est ce qui s'est passé pour une connaissance il n'y a pas longtemps : après s'être prise une main au cul, elle a repoussé le type, mais en restant polie (bien qu'elle lui ait quand même balancé un coup de parapluie). Après s'être un peu remise, elle s'est rendue compte qu'il ne devait pas s'en tirer comme ça et elle est allée l'afficher devant pleeeein de gens. Mais toujours en restant polie.

Vous savez ce que c'est le souci ? C'est que les femmes n'ont pas le droit de se mettre en colère : c'est mal vu. La femme en colère, c'est moche, ça fait peur, ça n'entre pas dans ce qu'on fait pour les conformer, c'est "hystérique". Mais si on y réfléchit, un mec dans la même situation, personne ne lui demanderait de se "calmer" si il se met à insulter le/la connard/connasse. Bah nous, ce droit nous est refusé.

On en a parlé après, et elle m'a dit que c'était mieux qu'elle soit restée polie, comme ça elle ne se décrédibilisait pas. C'est ça le problème : une nana se fait agresser, mais on attend le moment où ses paroles sortiraient du cadre dans lequel on l'a conformée pour la faire devenir folle/extrémiste/hystérique etc. sans se préoccuper du fait que, peut être, elle a juste envie de se défouler parce que quelqu'un. l'a. agressée.bordel.

 

Autant vous dire que moi j'ai pris mes distances avec ça.

Bien sûr, je ne dis pas qu'il faut se mettre à tabasser le mec à mort (quoique........................ non je plaisante, la violence, c'est pas bien.), d'autant plus qu'il ne faut pas oublier d'éviter de se mettre en danger, mais agonir d'injures un connard qui a osé nous manquer de respect, franchement, c'est la moindre des choses ! (moi ça me défoule en tout cas, je ne dis SURTOUT pas que c'est LA bonne solution).

 

Je ne peux pas vous parler de toutes les fois où on m'a harcelée, déjà parce que je ne m'en souviens pas forcément (je ne vais pas leur accorder ça à ces salauds) et ensuite parce que le harcèlement de rue, ce ne sont pas toujours deux individus qui interagissent (entendre par là, la nana répond), et souvent, j'ai laissé couler, par fatigue, parce qu'on ne m'avait pas touchée, parce que les mecs se croyaient tellement être de trop bons dragueurs/croyaient me faire un compliment etc. que je n'avais pas le courage de me lancer dans le discours qui veut finalement dire "taggle, tu m'emmerdes".


 

En fait, c'est simple.

En fait, c'est simple.

Beaucoup parlent de "zone grise" entre drague et harcèlement.

Ce qui est très important à comprendre, c'est que dans la drague, il y a interaction. Ça se passe dans un contexte de discussion.

Attention, phrase très importante à retenir : Si il n'y a pas de "oui", c'est non. Point. Si la nana a l'air gênée, ennuyée, détourne le regard, ne répond pas, n'est pas aimable, ou encore est polie et répond mais semble vouloir clore la discussion, c'est que le mec qui lui parle l'emmerde, point. C'est du harcèlement.

Cependant dans certaines situations et pour certaines personnes, la limite entre drague/compliment et harcèlement peut sembler ténue.

Il y a peu, j'ai eu une discussion avec d'autres demoiselles, qui sont plutôt flattées de recevoir des compliments dans la rue, et des amis à moi me demandaient comment ils faisaient si ils voulaient manifester leur intérêt à une demoiselle dans la rue sans la faire chier.

En effet, ça dépend de la personne, certaines nanas prendront bien la tentative de séduction et ne seront pas saoulées. (Après, je vous rappelle qu'on vit dans une société qui conforme les petites filles à penser qu'un compliment sur leur physique est la meilleure chose à laquelle elles ont le droit. Je dis ça comme ça, en passant hein.)

 

Moi ça me saoule:

Paye ta shnek.

Paye ta shnek.

Ce qu'il faut se remettre en tête pour bien comprendre pourquoi, c'est que les femmes sont sans cesse jugées par la société, beaucoup plus que les hommes et le plus souvent, elles sont jugées physiquement.

Moi par exemple depuis ma prise de poids, c'est fou toutes ces personnes qui pensent que ce que JE pèse les concerne, alors que j'aimerais juste qu'on me foute la paix (oh bien sûr, ça part d'un bon sentiment, je parle ici de personnes de ma famille qui s'inquiètent étoo étoo, mais ça m'emmerde et me fout la pression plus qu'autre chose).

 

Tout ça pour dire que physiquement, on est jugées en permanence, on arpente un monde qui montre la femme avant tout comme un objet esthétique qui doit être agréable à l'oeil pour ses confrères masculins, avec des pubs, des magasines, des bouquins, la télé etc. pour bien toujours nous le rappeler.

Et quand on sort dans la rue, en tant que femmes, on s'expose au jugement oral des hommes. Qui s'arrogent le droit de commenter notre physique. De valider notre tronche/nos yeux/notre cul/ nos seins/ mains etc. Dès qu'un homme trouve une femme belle (ou moche hein d'ailleurs), il se croit le droit de lui dire.

 

Bah non. Je ne trouve pas ça correct. Je ne vois pas pourquoi un type que je ne connais pas et que je ne vais jamais revoir devrait avoir le droit de juger mon physique et de me donner son avis, comme une approbation (ou non), en croisant mon chemin. Ça n' "éclaire pas ma journée" (comme me l'ont dit certaines), mais par contre, ça me ramène à mon rang d'objet esthétique, qui doit être agréable à regarder, pour n'importe qui, même ceux que je ne connais pas, alors que toute la société me dit déjà que c'est uniquement ce que je dois être, et rien d'autre.

 

Paye ta shnek.

Paye ta shnek.

 

Vient ensuite l'argument du "oui mais si c'est la femme de ma vie?"

Alors... Déjà, dire que ça peut être la femme de te vie juste parce que tu l'as trouvée extrêmement belle est un peu réducteur. Dans une discussion avec une personne, après l'avoir entendue parler, rire, etc. je peux comprendre qu'on commence à avoir un coup de coeur.

Mais dire que cette femme est la femme de ta vie juste parce que tu l'as trouvé uniquement physiquement attirante, c'est un peu dérangeant. Et ça nous ramène à ce que je disais avant.

De plus, une fois le compliment fait, qu'est ce que tu espères? Un numéro, un RDV ? Rien dans le fait de l'avoir complimentée sur son physique ne fera que tu pourras la revoir. Bref, c'est comme si tu n'avais rien fait, sauf que tu l'auras interrompue, jugée et que ça sera un énième rappel de sa condition féminine qui veut qu'elle soit belle.

 

Si vous voulez faire un compliment, faites-le sur quelque chose qui exprime ses goûts, son sens du style, enfin bref sur quelque chose de visuel (puisque vous n'avez que ça comme vous ne la connaissez pas) MAIS QUI EST DE SON FAIT et dites-lui que vous adorez son chapeau/ses lunettes/l'assortiment des couleurs qu'elle porte/son style/sa couleur de cheveux si elle sort un peu de l'ordinaire etc.

La complimenter sur quelque chose avec laquelle elle est née (un nez, une bouche, des yeux ...), c'est la ramener uniquement à quelque chose qu'elle n'a pas choisi, qui n'est pas de son fait et donc la ramener en tant qu'être humain à un objet esthétique, et non pas à un être décidant, intelligent, pensant.

Perso, moi avec mes cheveux maintenant galaxy pastel/licorne, et même avec mes couleurs précédentes, j'aime bien quand on me dit que ma couleur est chouette. Ou quand je croise quelqu'un qui me dit que je suis stylée. C'est agréable à entendre parce que ça juge et complimente quelque chose que j'ai FAIT et non pas ce que je SUIS (car ça je n'y suis pour rien et on me refuse, en faisant ça le droit d'exister en tant qu'être intellectuel).

 

Je me répète peut être mais j'espère que vous comprenez ce que je veux dire par là.

 

Il y a un phrase que j'ai lu et beaucoup aimé : "Les compliments, c'est comme les bonbons : je les accepte et les apprécie quand ça vient de quelqu'un que je connais, je les refuse quand c'est un inconnu dans la rue qui veut me les donner".

Madmoizelle te donne du love (et un bon conseil).

Madmoizelle te donne du love (et un bon conseil).

Pour aller plus loin :

Paye ta shnek, une page fb sur le harcèlement de rue et un super discours de sa créatrice, Anaïs Bourdet

Les articles de Madmoizelle sur le sujet

Le projet Crocodiles

 

Bon, dites vous que le monde n'est pas complètement totalement pourri non plus. Mais faudrait lutter un peu plus pour que les améliorations avancent plus vite.

 

A bientôt !

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